Écouter : l’art oublié du silence
Nous vivons dans un monde saturé de paroles.
Les conversations se succèdent, les messages affluent, les opinions s’entrechoquent.
Chacun parle.
Mais peu écoutent vraiment.
Souvent, lorsque quelqu’un s’exprime, nous ne sommes pas en train d’écouter.
Nous sommes en train de préparer notre réponse.
Notre mental se met immédiatement au travail :
ai-je raison ou a-t-il tort ?
que vais-je répondre ?
comment défendre mon point de vue ?
Ainsi, au lieu d’un espace de rencontre, la parole devient un champ de confrontation.
C’est ce que l’on pourrait appeler une compulsion d’interaction :
nous ressentons presque le besoin de réagir, de commenter, de répondre immédiatement.
Le silence devient inconfortable.
Pourtant, dans de nombreuses traditions spirituelles — et dans le yoga en particulier — le silence n’est pas un vide.
Il est un espace de maturation de la conscience.
Le silence : matrice de l’écoute
Écouter véritablement demande d’abord de ralentir.
Avant même d’écouter l’autre, il faut apprendre à s’écouter soi-même.
Écouter son corps.
Écouter les sensations qui apparaissent.
Écouter les émotions qui émergent :
la joie, la peur, la résistance, l’agacement peut-être.
Écouter aussi le mental qui commente, qui juge, qui compare.
Lorsque nous faisons cela, quelque chose change.
Nous découvrons que nous sommes souvent traversés par des réactions automatiques.
Des habitudes intérieures qui nous poussent à parler, à nous défendre, à convaincre.
Mais si nous restons un instant dans le silence, ces réactions perdent de leur force.
Et alors seulement apparaît l’espace de l’écoute.
On ne peut écouter l’autre sans s’être écouté soi-même
Dans la pratique du yoga, l’écoute commence toujours à l’intérieur.
Lorsque nous pratiquons une posture, par exemple, nous apprenons à sentir :
la respiration,
les tensions,
les zones d’ouverture,
les résistances.
Cette écoute du corps est déjà une forme de méditation.
Peu à peu, elle nous apprend quelque chose de fondamental :
l’écoute est un accueil.
Accueillir ce qui est là.
Sans vouloir immédiatement le corriger.
Sans vouloir le juger.
Si nous ne savons pas accueillir ce qui se passe en nous,
il nous sera très difficile d’accueillir ce qui se passe chez l’autre.
Le cinquième chakra : entre réaction et partage
Dans la tradition du yoga, l’écoute et la parole sont reliées au cinquième chakra : Vishuddha, situé au niveau de la gorge.
Ce centre énergétique peut s’exprimer de deux manières très différentes.
Lorsqu’il est dominé par les mécanismes de survie, la parole devient un outil de défense :
parler pour se protéger,
parler pour convaincre,
parler pour prouver que l’on a raison.
Dans ce cas, la communication devient souvent une lutte subtile :
qui aura le dernier mot ?
Mais lorsque ce chakra est relié au cœur — Anahata — la parole change complètement de nature.
Elle devient partage.
On ne parle plus pour gagner.
On parle pour relier.
Et pour relier, il faut d’abord écouter.
L’écoute comme acte de présence
Écouter quelqu’un véritablement, c’est lui offrir quelque chose de rare :
notre présence entière.
Sans interruption.
Sans jugement immédiat.
Sans chercher à corriger ou à conseiller trop vite.
Dans cet espace, l’autre peut se sentir vu, entendu, reconnu.
Et parfois, quelque chose de très simple se produit :
la conversation devient un lieu de transformation mutuelle.
Une pratique pour cette semaine
Ce WE , je vous propose une petite expérience.
Dans une conversation avec un proche, un collègue ou un ami :
essayez d’écouter sans interrompre.
Prenez conscience de votre respiration.
Sentez votre corps.
Observez aussi les réactions du mental :
le désir de répondre, de corriger, d’ajouter votre expérience.
Laissez simplement passer ces impulsions.
Puis écoutez encore.
Vous découvrirez peut-être que, derrière les mots, il y a souvent quelque chose de plus profond qui cherche à être entendu.
Et si l’écoute était une forme de yoga ?
Le yoga ne se pratique pas seulement sur un tapis.
Il se pratique aussi dans la manière dont nous entrons en relation.
Chaque conversation peut devenir une pratique.
Une pratique d’attention.
Une pratique de silence.
Une pratique d’ouverture.
Peut-être qu’alors la parole cessera d’être une arme ou une défense.
Et redeviendra ce qu’elle peut être dans sa dimension la plus élevée :
un pont entre les consciences.
Bonjour Alberto,
RépondreSupprimerJ’espère que tu vas bien. Moi je vais bien aussi et je te remercie pour tous ces textes que tu postes tous tes cours les petits codes secrets pour que je puisse participer À tes cours en ligne… Je suis bien occupé et pas toujours très satisfaite de mon assiduité à la pratique, mais je suis toujours en mutation sur un chemin de guérison et de transformation… Et le Yoga est toujours présent dans ma vie, et ton enseignement m’accompagne et me procure beaucoup de bien-être. Merci encore Alberto de ta présence. J’espère qu’on trouvera le temps de se voir très prochainement avec toute mon affection. Bisous. Lydia
Chère Lydia,
RépondreSupprimerMerci pour ton message qui me touche beaucoup. Cela me fait vraiment plaisir de savoir que le yoga et les partages que je propose continuent à t’accompagner sur ton chemin.
Ne sois pas trop sévère avec toi-même concernant l’assiduité. La pratique n’est pas une performance. Parfois elle est très présente, parfois plus discrète, mais tant que l’intention reste vivante à l’intérieur, le chemin continue de se faire. Le yoga agit souvent en profondeur, même lorsque nous avons l’impression d’avancer doucement.
Je suis heureux de savoir que tu es dans ce processus de transformation et de guérison. C’est un beau voyage, parfois exigeant, mais profondément porteur de sens.
Au plaisir de te retrouver lors d’un cours, en ligne ou peut-être en personne très bientôt. Ce serait une joie de partager un moment ensemble.
Avec toute mon affection.
Prends bien soin de toi.