Lors de notre dernier stage, nous avons posé ensemble une image simple, presque évidente, et pourtant profondément transformatrice :
nous sommes une conscience assise au poste de conduite d’un véhicule.
Ce véhicule, c’est notre corps.
Un corps sensible, intelligent, doté de nombreuses commandes : respiration, posture, tonus, rythme, regard, attention.
Il possède différentes vitesses, une ventilation que l’on peut ajuster, un moteur plus ou moins puissant selon les moments… et surtout un logiciel embarqué.
La plupart du temps, ce logiciel fonctionne en pilote automatique.
Le véhicule, l’énergie et la direction
Dans cette métaphore, chaque centre d’énergie – chaque chakra – fonctionne avec un carburant spécifique.
Une énergie dense et rouge liée à la survie,
une énergie fluide et orangée associée au mouvement et au désir,
une énergie jaune, plus chaude, liée à l’action et à la transformation,
puis des carburants plus subtils encore.
Changer de direction ne consiste donc pas simplement à décider mentalement d’aller ailleurs.
Pour qu’un changement soit réel et durable, il faut :
disposer du bon carburant,
être capable d’activer les bonnes commandes,
et surtout être présent au volant.
Sans cela, le véhicule continue à avancer… mais il emprunte toujours les mêmes routes.
Le pilote automatique : une protection devenue limitante
Le pilote automatique n’est ni une erreur, ni un ennemi.
Il s’est mis en place pour nous protéger, pour économiser de l’énergie, pour assurer une forme de stabilité intérieure.
Le problème apparaît lorsque ce système, initialement utile, prend toute la place.
Il :
privilégie ce qu’il connaît déjà,
répète les mêmes trajectoires,
évite l’inconnu,
et préfère tourner dans le même quartier intérieur, même lorsque celui-ci ne nous nourrit plus.
Nous avons alors l’impression de vouloir changer…
tout en reproduisant inlassablement les mêmes schémas,
les mêmes réactions,
les mêmes blocages,
les mêmes histoires.
Repérer quand le pilote automatique prend le volant
Avant même de parler de transformation, il est essentiel de développer la capacité à observer.
Un schéma automatique se manifeste souvent par :
des situations qui se répètent malgré nos intentions,
des réactions émotionnelles disproportionnées,
des tensions corporelles immédiates,
un langage intérieur figé :
« c’est toujours comme ça »,
« je n’ai pas le choix »,
« je suis comme ça ».
À ces moments-là, la conscience n’a pas disparu…
mais elle n’est plus au volant.
Elle est devenue passagère.
La première clé : voir, sans vouloir corriger
C’est sans doute l’étape la plus subtile, et pourtant la plus déterminante.
On ne reprogramme pas un logiciel en le combattant.
On commence par le regarder fonctionner, avec honnêteté et bienveillance.
Dans la pratique du yoga, cela se traduit par :
ressentir sans chercher à corriger,
respirer sans vouloir fuir,
rester présent sans chercher à améliorer.
Dès que l’on observe un schéma sans s’y identifier complètement,
quelque chose commence déjà à se transformer.
La conscience, en elle-même, est une première mise à jour.
Reprogrammer en douceur : les leviers réels du changement
Reprendre le volant ne passe pas par une grande décision spectaculaire,
mais par une série de gestes simples, précis, répétés.
Le corps
Chaque schéma est inscrit dans une posture.
Modifier le corps, même subtilement, modifie déjà le programme.
La respiration
La respiration est l’interrupteur principal.
Une respiration consciente ramène instantanément la conscience au poste de conduite.
L’énergie
On ne peut pas emprunter une direction nouvelle avec un carburant inadapté.
Rééquilibrer les centres d’énergie est indispensable pour soutenir tout changement profond.
Les micro-choix
Un logiciel ne se transforme pas d’un seul coup.
Ce sont les micro-choix conscients, répétés jour après jour, qui créent une nouvelle trajectoire.
La direction
Sans direction claire, même le meilleur véhicule finit par tourner en rond.
La question n’est pas : où devrais-je aller ?
Mais plutôt : quelle direction est juste pour moi, ici et maintenant ?
Le sens du travail engagé lors du stage
Le stage était centré sur l’intention.
Non pas comme une idée abstraite, mais comme un acte concret de reprise du volant.
Poser une intention, c’est :
accepter de voir où l’on roule réellement,
reconnaître les automatismes en place,
puis, pas à pas, redonner à la conscience sa juste place.
Dans ce cadre, le yoga n’est ni une performance, ni une fuite.
Il devient un art de conduite intérieure, profondément incarné.
Pour ce week-end
Je vous propose de lire ce texte comme une prolongation naturelle du travail engagé ensemble.
Sans rien forcer.
Sans chercher à changer quoi que ce soit.
Simplement observer :
quand le pilote automatique s’active,
quand la conscience reprend place,
et comment, parfois, un simple souffle suffit à infléchir la trajectoire.
👉 On ne change pas de vie en un week-end.
Mais on peut, en un instant, reprendre le volant.