Voyage en Éthiopie · Épisode 4
Une idée présente depuis les débuts de notre association prend aujourd’hui une forme concrète à Lalibela.
Lorsque nous avons commencé à réfléchir à la création de notre ASBL, une idée s’est très vite imposée dans nos échanges avec nos correspondants locaux : ouvrir un lieu qui puisse venir en aide aux personnes les plus vulnérables de Lalibela. Nous imaginions déjà un centre à la fois humanitaire et consacré à la santé, capable de soutenir celles et ceux qui n’ont ni famille, ni revenu, ni parfois même de quoi se nourrir.
À cette époque, nous ne disposions toutefois ni des moyens financiers nécessaires pour construire un tel centre, ni de l’expérience suffisante pour mener immédiatement un projet de cette ampleur. Nous avons donc commencé plus modestement, d’une manière presque artisanale, en répondant aux urgences une à une.
Nous avons aidé directement des orphelins, des personnes sans abri et des familles plongées dans une très grande précarité. Lorsque cela était possible, nous avons recherché des familles d’accueil, notamment pour les enfants. Par la suite, d’autres initiatives ont vu le jour, parmi lesquelles le projet de ferme solidaire. Mais, en arrière-plan, l’idée d’un centre humanitaire et de santé ne nous a jamais quittés.
L’idée fondatrice
Réunir dans un même lieu l’aide médicale et l’aide humanitaire : soigner, nourrir et, à terme, offrir un abri temporaire aux personnes les plus démunies.
La santé, une préoccupation essentielle
En Éthiopie, lorsque quelqu’un prend de vos nouvelles, il demande très souvent d’abord : « Comment va ta santé ? » Et la question n’est pas une simple formule de politesse : elle est généralement suivie de questions précises et attentives. La santé occupe une place centrale dans les préoccupations quotidiennes, car la maladie peut très rapidement devenir un drame pour une personne qui ne possède aucune ressource.
Cette réalité nous était régulièrement rapportée par une jeune femme originaire d’une famille très pauvre dont nous avions financé les études de pharmacie. Réussir ses études représentait déjà pour elle quelque chose d’extraordinaire. Une fois diplômée, elle a fait le choix de revenir à Lalibela afin de mettre ses compétences au service de sa communauté.
Son souhait n’était pas seulement d’exercer un métier, mais de permettre aux plus pauvres d’accéder eux aussi aux médicaments et aux soins.
La naissance d’une pharmacie solidaire
Nous avons alors décidé de l’aider à ouvrir une pharmacie solidaire. Son rôle serait de proposer des médicaments à des prix modiques lorsque les personnes pouvaient contribuer, de fournir gratuitement certains médicaments ou du matériel de soins aux plus démunis, et de soutenir également les dispensaires locaux, eux-mêmes souvent dépendants d’organisations caritatives.
La mise en place fut longue et complexe. Il fallut trouver un local adapté, obtenir les autorisations administratives, ainsi que la licence nécessaire. Une pharmacienne venant de terminer ses études ne pouvait pas ouvrir seule un établissement : elle devait notamment travailler sous la responsabilité d’un tuteur. Le local devait aussi répondre à de nombreuses exigences en matière de surface, d’accès pour les personnes handicapées, d’électricité et d’eau.
Malgré ces obstacles, une première petite pharmacie a finalement pu ouvrir ses portes. Mois après mois, nous avons constitué un stock de médicaments et de matériel de soins.
La pharmacienne évalue elle-même la situation de chaque personne et décide de l’aide à apporter. Vivant sur place, elle connaît les familles et leurs réalités bien mieux que nous ne pourrions les connaître à distance.
Un projet fondé sur la confiance
Nous faisons confiance à notre responsable locale pour distinguer les personnes capables de payer leurs médicaments de celles qui ont besoin d’une aide partielle ou complète. Cette connaissance du terrain est indispensable à la justesse du projet.
Une fermeture brutale, puis un nouveau départ
Malheureusement, cette première pharmacie a dû fermer ses portes dans la précipitation. Dans le contexte politique et militaire de l’époque, certains militaires ont estimé que les propriétaires du local appartenaient à des familles liées à la rébellion. Le simple paiement du loyer pouvait dès lors être interprété comme une forme de soutien indirect.
En l’espace de deux jours, il a fallu évacuer la pharmacie, sauver les médicaments et les placer en lieu sûr. Il nous fallait ensuite trouver un autre local répondant à toutes les normes et recommencer les démarches d’autorisation.
Un second lieu, mieux sécurisé, a finalement été trouvé. Son loyer était cependant deux fois plus élevé. Après de nouvelles démarches, la pharmacie a pu reprendre son activité. Elle s’est progressivement développée au point d’approvisionner aujourd’hui sept dispensaires locaux, en plus de l’aide apportée directement à la population.
PREMIER LIEU :
Ouverture d’une petite pharmacie et constitution progressive du stock.
DÉPLACEMENT FORCÉ :
Évacuation rapide des médicaments et nouvelle recherche de local.
DEUXIÈME LIEU :
Reprise de l’activité et approvisionnement de sept dispensaires.
Construire pour assurer l’avenir
La pharmacie demeure aujourd’hui confrontée à une difficulté importante : les propriétaires du local cherchent régulièrement à augmenter le loyer. Ayant probablement compris que l’activité bénéficiait du soutien d’une association, ils semblent considérer que ces augmentations pourront toujours être absorbées. Cette dépendance fragilise le projet et rend son avenir incertain.
C’est ainsi qu’est revenue l’idée de construire sur un terrain destiné au projet et pour lequel nous avons obtenu l’accord des autorités. La future pharmacie disposerait alors de son propre bâtiment et pourrait être gérée localement, durablement et sans subir la pression continuelle d’un propriétaire.
Nous avons confié la conception du projet à un ingénieur, qui a établi les plans du bâtiment. Les autorisations de construire ont été obtenues et le terrassement est aujourd’hui en cours.
La prochaine urgence : stabiliser le terrain
La zone terrassée ne pourra pas rester longtemps en l’état. Durant la saison des pluies, les risques d’éboulement sont réels. Il faudra donc stabiliser rapidement le terrain afin de protéger les travaux déjà réalisés et de permettre le démarrage progressif de la construction.
Une construction en plusieurs étapes
Notre priorité est claire : construire d’abord la pharmacie solidaire. Elle offrira un cadre stable à une activité qui a déjà démontré son utilité et permettra de poursuivre l’aide médicale dans de meilleures conditions.
Le terrain et les plans ont toutefois été pensés pour permettre un agrandissement progressif. Dans un deuxième temps, nous espérons y créer un véritable centre d’aide humanitaire : un lieu où l’on pourrait préparer et distribuer de la nourriture, accueillir temporairement des personnes sans abri et leur offrir une protection pendant les périodes les plus difficiles, notamment durant la saison des pluies.
Notre horizon
Première étape : une pharmacie solidaire stable et indépendante.
Deuxième étape : un espace de préparation et de distribution de repas.
À plus long terme : un accueil temporaire pour les personnes les plus vulnérables.
Peut-être aurons-nous un jour la possibilité d’employer une personne chargée de préparer quotidiennement des repas pour les plus démunis. Ce projet appartient encore à l’avenir et nous savons qu’il faudra avancer avec prudence, étape par étape, en fonction de nos moyens.
Ce qui n’était au départ qu’une idée généreuse, mais encore lointaine, commence aujourd’hui à prendre forme dans la terre même de Lalibela.
Le chemin a été semé d’obstacles, d’imprévus et de recommencements. Pourtant, la pharmacie fonctionne, les dispensaires sont approvisionnés, le terrain est identifié et les premiers travaux ont commencé.
La première étape sera la pharmacie. Le centre humanitaire viendra ensuite, lorsque nos moyens nous le permettront.