mardi 27 octobre 2026

Séance de Hatha du 29 octobre 2026 — Le ressenti, premier pas vers le pouvoir intérieur

 


Combien de fois par jour vous pose-t-on la question : « Comment vas-tu ? » Et combien de fois répond-on machinalement : « Bien, ça va, ça va… » Pourtant, si l'on accordait de l'importance à cette question, il faudrait presque s'arrêter quelques instants, plonger en soi et se demander : comment puis-je y répondre avec sincérité ?

Pourquoi ne fait-on pas cette démarche ? Les raisons sont souvent multiples : on pense que ce n'est important ni pour soi ni pour les autres, on n'a pas envie de partager, ou tout simplement on ne sait pas ce qui se passe à l'intérieur de soi. Comme il faut bien répondre, on cherche la réponse à l'extérieur : la météo, l'actualité, les événements du jour…

Le ressenti passe au second plan parce que nous avons développé, avec le temps, des stratégies d'évitement de ce qui nous dérange, nous fait souffrir ou nous pèse. Ces stratégies de fuite, nous les vivons tous à un moment donné : on boit un verre, on s'offre une friandise, on se branche sur les réseaux sociaux.

Pour le yogi, ces stratégies n'apportent aucun bénéfice : elles consomment inutilement l'énergie qu'il pourrait consacrer à mettre en œuvre ses intentions. C'est pourquoi, dans la pratique du yoga, chacun est invité à se brancher sur son ressenti pour rouvrir la porte du bien-être que l'on a souvent, inconsciemment, refermée.

✨ Une petite invitation avant la séance

La prochaine fois que l'on vous demandera « comment vas-tu ? », offrez-vous trois respirations avant de répondre. Pas pour l'autre : pour vous. Qu'est-ce qui est vraiment là, dans le corps, en ce moment ?

Ressentir est plus important que copier la posture

🌿 Quatre raisons de placer le ressenti au cœur de la pratique

1. Rester présent et se faire confiance. En négligeant le ressenti, vous vous coupez de ce que vous vivez dans l'instant, et c'est peut-être le signe que vous ne vous faites pas assez confiance — comme si l'extérieur détenait une vérité plus haute que la vôtre. On n'est pas détendu parce qu'on en a l'air, mais parce qu'on l'est vraiment.

2. Connaître ses limites et doser son effort. Le ressenti vous apprend à reconnaître vos limites et vos résistances, et à trouver le début de la zone d'inconfort, la plus profitable en yoga. Sans y entrer, les bénéfices physiques et émotionnels restent limités ; en luttant trop contre vos limites, vous vous affaiblissez énergétiquement.

3. Écouter le couple corps/émotions. Le corps vous parle à travers le ressenti, sans le filtre du mental, qui passe en arrière-plan lorsque vous êtes attentif à vos sensations. Ces messages affinent votre discernement et vous aident à corriger votre trajectoire de vie.

4. Aller au-delà des cinq sens. Les sens servent souvent à contrôler l'environnement extérieur. Le ressenti, lui, permet de guider la circulation de l'énergie par la concentration et de nourrir votre pouvoir intérieur. Il est le socle du discernement et de l'accès à l'âme : pour le yogi, la source du pouvoir est à l'intérieur.

Comment apprivoiser le ressenti ?

  • Pour le débutant : pratiquer lentement. La rapidité ajoute une difficulté supplémentaire : ressentir dans l'action.
  • Pour celui qui a du mal à ressentir : utiliser des micro-mouvements, en accentuant l'inspiration ou l'expiration selon la posture.
  • Pour le pratiquant plus avancé : le ressenti mène naturellement aux émotions et aux pensées. Il est alors essentiel de rester ouvert, sinon on revient à la case départ.

🔎 Une méthode simple en trois temps

Observer : concentrez-vous sur une zone du corps et voyez ce qui attire votre attention — chaleur, froid, tension, élasticité, lourdeur, fatigue, tremblement…

Décoder : avec votre intuition, demandez-vous ce que signifie ce message. Est-ce un besoin physique ou émotionnel (repos, affection, changement…) ? Quelle en est la source ?

Ne pas juger : observez-vous et écoutez-vous sans chercher tout de suite quoi faire. Si une orientation ou une idée se présente, accueillez-la. N'insistez pas : la réponse vient d'elle-même. Inutile de ruminer — lâchez prise et revenez-y plus tard, au calme.

Je le dis franchement : ce n'est pas une pratique évidente pour le novice, en particulier pour ceux qui ont refermé depuis longtemps les portes du ressenti. Chacun progressera ensuite en fonction de son intention, de sa personnalité et de son vécu.

La posture de la sauterelle (Shalabhasana)

La posture cible : la Sauterelle (Shalabhasana)

La sauterelle est une posture idéale pour explorer ce thème. Les jambes ne montent souvent pas très haut, surtout au début — et c'est justement là son enseignement : ce qui compte n'est pas la hauteur, mais ce qui se passe à l'intérieur. Une sauterelle de quelques centimètres, pleinement ressentie, vaut mieux qu'une grande amplitude arrachée en forçant.

🌿 Mise en place

  1. Allongé·e sur le ventre, jambes tendues et rapprochées, dessus des pieds au sol.
  2. Menton ou front posé au sol, nuque longue dans l'axe de la colonne.
  3. Bras le long du corps, paumes vers le sol, ou mains glissées sous les cuisses.
  4. Pressez le bas-ventre et le pubis dans le tapis, engagez fessiers et bas du dos.
  5. À l'inspiration, soulevez les jambes tendues, comme si elles s'allongeaient loin derrière vous.
  6. Restez 3 à 5 respirations calmes, puis redescendez lentement à l'expiration.
  7. Reposez-vous, joue sur le côté, et observez ce qui circule dans le dos et le ventre.

Variante douce (demi-sauterelle) : une seule jambe à la fois, l'autre reste au sol. Variante complète : bras tendus vers l'arrière, buste et tête également soulevés.

💪 Bienfaits physiques

  • Étire la colonne vers l'arrière et ouvre le thorax.
  • Augmente l'afflux de sang dans la gorge et le cou.
  • Renforce les muscles du dos, les fessiers et l'arrière des cuisses — une précieuse prévention du mal de dos.
  • Masse le foie, les reins et le pancréas, et stimule la digestion.
  • Revitalise l'ensemble du corps et prépare aux flexions arrière plus profondes (cobra, arc).

🔥 Bienfaits émotionnels et énergétiques

  • La volonté qui vient de l'intérieur : rien ne vous aide à lever les jambes, ni l'élan ni l'appui des bras. L'effort naît du centre — exactement comme le pouvoir intérieur.
  • Un regain d'énergie : comme toutes les flexions arrière, la sauterelle dynamise et aide à dissiper la léthargie et la morosité.
  • La confiance en soi : la posture sollicite la région du plexus solaire, traditionnellement associée à l'affirmation de soi et à la force personnelle.
  • Le courage d'ouvrir le cœur : l'ouverture du thorax invite à s'exposer, à accueillir plutôt qu'à se protéger.
  • L'humilité joyeuse : accepter que les jambes restent basses, c'est apprendre à être en paix avec ce qui est, sans se comparer.

Les difficultés de la posture… et ce qu'elles nous enseignent

🧗 Ce qui rend la sauterelle exigeante

  • Une contraction puissante est nécessaire pour soulever les jambes, qui n'iront pas bien loin au début. C'est normal.
  • L'erreur la plus courante : plier les genoux pour monter plus haut. Gardez les jambes tendues, quitte à monter moins.
  • Le bas du dos peut se tasser si l'on cherche la hauteur plutôt que la longueur : pensez « allonger » avant « soulever ».
  • La respiration se bloque facilement dans l'effort. Si vous ne pouvez plus respirer, vous êtes allé trop loin.
  • La nuque se crispe quand on relève la tête par réflexe : gardez-la longue.

🧘 Ressentir dans la sauterelle

Pendant la posture, posez-vous ces questions :

  • Où se trouve le travail ? Chaleur dans les fessiers, le bas du dos, l'arrière des cuisses ?
  • Suis-je au début de ma zone d'inconfort… ou déjà en lutte ?
  • Ma respiration reste-t-elle fluide ?
  • Quelle émotion apparaît : frustration, détermination, joie, impatience ?

Et surtout, après être redescendu : que se passe-t-il dans le corps au repos ? C'est souvent là, dans le silence qui suit l'effort, que le ressenti est le plus riche.

⚠️ Précautions

  • Ne jamais bloquer la respiration.
  • Distinguer la tension musculaire (diffuse, supportable) d'une douleur articulaire ou d'un pincement lombaire : dans ce cas, on arrête.
  • Préférer la demi-sauterelle (une jambe à la fois) en cas de dos sensible ou en reprise.
  • Éviter ou adapter en cas de hernie discale, de lombalgie aiguë, d'opération récente de l'abdomen ou du dos.
  • Déconseillée pendant la grossesse et en cas d'hypertension non contrôlée ou de problème cardiaque.
  • Ne pas tourner la tête sur le côté pendant l'effort ; sortir de la posture progressivement.

Jeudi, nous prendrons donc le temps de ressentir avant de paraître : peu importe la hauteur de vos jambes, c'est la qualité de votre écoute qui fera de cette sauterelle une porte vers votre pouvoir intérieur.