Retour d’Éthiopie – Épisode 2/4
Préserver la dignité des personnes les plus fragiles
Parmi les rencontres qui m’ont le plus marqué au cours de mon voyage en Éthiopie figurent celles de femmes et d’hommes que la maladie, le grand âge, un accident ou un handicap ont progressivement privés de toute possibilité de travailler et de subvenir seuls à leurs besoins.
Beaucoup d’entre eux ont longtemps vécu de la mendicité. Certains ont perdu leur famille. D’autres ont été abandonnés lorsque leur santé s’est dégradée. Ils ne disposent d’aucun revenu régulier et ne bénéficient pratiquement d’aucune forme de protection sociale.
C’est d’ailleurs auprès de ces personnes que notre association a commencé son action, il y a déjà plusieurs années. Je ne reviendrai dans cet article que sur certaines d'entre elles.
Une aide financière, mais aussi une solidarité de proximité
Très vite, nous avons compris qu’il ne suffisait pas de remettre un peu d’argent à une personne en détresse.
Comment une personne aveugle pourrait-elle aller acheter de la nourriture et préparer seule ses repas ? Comment une personne paralysée pourrait-elle accomplir les gestes les plus simples du quotidien ? Comment une personne très âgée pourrait-elle continuer à vivre sans l’aide de quelqu’un ?
Dans la plupart des cas, nous avons donc identifié, avec nos correspondants locaux, une famille, un voisin ou une personne bienveillante acceptant de préparer un repas, d’offrir un endroit où dormir ou de veiller régulièrement sur la personne aidée. Notre contribution mensuelle permet ainsi de soutenir à la fois la personne vulnérable et cette précieuse solidarité locale.
Une femme abandonnée après son accident
La première personne que je souhaite évoquer est une dame qui a perdu presque totalement l’usage de son bras et de tout son côté gauche à la suite d’un accident. Elle souffre également de graves problèmes d’équilibre, ce qui rend ses déplacements extrêmement difficiles.
Son histoire est d’autant plus douloureuse qu’elle a été abandonnée par son mari après son accident. Elle n’a pas d’enfants et ne dispose d’aucune famille proche susceptible de l’aider.
Elle nous avait demandé de l’accompagner dans un hôpital afin de bénéficier d’examens et, peut-être, de soins adaptés. Malheureusement, un tel déplacement serait très compliqué et nécessiterait des moyens financiers considérables. Face aux nombreuses urgences auxquelles nous devons répondre, nous avons dû faire le choix difficile de donner la priorité à d’autres aides plus immédiatement réalisables.
Nous avons cependant pu l’aider à trouver une petite habitation. Des voisines lui apportent régulièrement un peu de nourriture et veillent sur elle. Grâce à la petite somme que nous lui remettons chaque mois, elle peut continuer à vivre dans un minimum de sécurité.
Notre aide ne peut malheureusement pas lui rendre l’usage de son corps, mais elle lui permet de ne pas être totalement abandonnée.
Un vieux moine au cœur des églises de Lalibela
Une autre rencontre marquante fut celle d’un très vieux moine qui vit dans l’enceinte des célèbres églises creusées dans la roche de Lalibela.
Il a consacré sa vie à la prière et vit principalement des aumônes. Aujourd’hui, son grand âge et son handicap ne lui permettent plus de préparer seul ses repas ni de subvenir convenablement à ses besoins.
Sur la photo que je publierai avec cet article, vous pourrez voir quelques morceaux d’injera, le pain traditionnel éthiopien, qu’il fait sécher. Il peut ensuite les conserver et les tremper dans un peu d’eau avant de les manger.
Cette nourriture très simple illustre les conditions extrêmement modestes dans lesquelles il vit. Notre soutien lui permet de compléter un peu son alimentation et de poursuivre sa vie avec davantage de sérénité.
Une image qui m’a profondément touché : quelques morceaux d’injera séchée, soigneusement conservés, constituent parfois l’essentiel d’un repas.
Un ancien militaire qui n’a jamais perdu son humour
Je souhaitais également retrouver cet ancien militaire qui a été emprisonné, il y a de nombreuses années, après s’être opposé au pouvoir en place.
Les mauvais traitements et les tortures qu’il a subis en prison lui ont fait perdre définitivement l’usage de ses jambes. Il ne peut désormais se déplacer qu’en s’aidant de ses bras et de ses mains.
Malgré une histoire et des conditions de vie particulièrement difficiles, il a conservé un caractère extrêmement jovial. Lors de notre rencontre, il trouvait encore la force de plaisanter, de rire et de nous accueillir chaleureusement.
Il a absolument tenu à ce que je partage une petite tasse de thé que ses voisins avaient préparée. Ce geste, très simple, représentait pour lui une véritable marque d’hospitalité et d’amitié.
Cette rencontre m’a rappelé que la richesse d’une personne ne se mesure pas à ce qu’elle possède, mais souvent à ce qu’elle est encore capable d’offrir aux autres.
Ses voisins l’aident quotidiennement, car il ne peut presque pas se déplacer. Notre contribution lui permet d’obtenir un peu de nourriture et de participer, modestement, aux dépenses liées à son accueil.
Une voisine qui devient les yeux d’une autre
Parmi les personnes que nous accompagnons se trouve également une femme aveugle qui ne pourrait pas vivre seule sans l’aide quotidienne d’une voisine.
Cette petite dame lui prépare chaque jour un repas, l’aide dans ses déplacements et lui offre un endroit où dormir au pied de sa maison, sur une couche très simple.
Sur la photo que je joindrai à cet article, la femme aveugle se trouve à mes côtés, tandis que la personne qui veille quotidiennement sur elle apparaît également auprès de nous.
Rien n’oblige cette voisine à accomplir ces gestes. Elle le fait pourtant chaque jour, avec une simplicité et une générosité qui forcent l’admiration.
Notre rôle consiste aussi à soutenir ces gestes spontanés de fraternité, afin que la solidarité ne devienne pas une charge impossible à assumer pour les familles les plus modestes.
Cette deuxième dame est également aveugle et nous la soutenons également :
Que deviendraient-elles sans cette chaîne de solidarité ?
En quittant chacune de ces personnes, je me suis une nouvelle fois posé cette question.
Notre association ne peut pas accomplir de miracles. Elle ne peut pas guérir tous les handicaps, réparer toutes les injustices ni répondre à toutes les demandes.
Mais elle peut permettre à une personne aveugle d’avoir chaque jour un repas. Elle peut offrir un toit à une femme abandonnée. Elle peut soutenir un homme paralysé et encourager les voisins qui prennent soin de lui.
Elle peut surtout rappeler à ces femmes et à ces hommes qu’ils ne sont pas oubliés et que leur vie conserve toute sa valeur.
À toutes celles et tous ceux qui soutiennent notre association par leurs dons, leur adhésion, leur participation aux cours de yoga ou aux stages, j’adresse un immense merci.
Votre aide nous permet de préserver un peu de dignité là où la vie a laissé des personnes presque entièrement seules.
Dans le prochain épisode, je vous présenterai notre Farm Project, un projet destiné à favoriser davantage d’autonomie pour les familles de Lalibela.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
les conseils , avis et questions sont bienvenus et seront répondus dans les meilleurs délais