samedi 10 janvier 2026

Séance de flow du 12 janvier 2026 : Karma = fatalité ?


Il m’est arrivé bien souvent d’entendre la phrase : « C’est mon karma » pour justifier un événement heureux ou malheureux.

On y ajoute parfois : « qu’y puis-je, c’est ainsi », avec en filigrane une vision tantôt résignée, tantôt fataliste de l’existence.

Certains disent y croire, d’autres en doutent sans totalement rejeter l’idée, et d’autres encore considèrent tout cela comme une pure foutaise.

Mais, dans tous les cas, le karma est souvent perçu comme une force extérieure qui s’imposerait à nous, indépendamment de notre liberté.

Or, dans la tradition indienne, le karma n’est pas une condamnation, mais un principe dynamique, intimement lié à l’action consciente.


Le karma yoga : le yoga de l’action juste

En Inde, la pratique du karma yoga est largement répandue.

Elle désigne le yoga de l’action désintéressée, dont l’objectif n’est pas de « réparer » un passé, mais d’agir sans créer de nouveaux déséquilibres.

Le karma yoga repose sur un principe simple :

👉 toute action produit des effets, visibles ou invisibles, immédiats ou différés.

Cette voie est décrite aussi bien dans l’hindouisme que dans le bouddhisme et constitue une branche du yoga à part entière.

Certains grands maîtres contemporains ont même estimé que le karma yoga est particulièrement adapté à nos vies occidentales, car il ne nécessite ni retrait du monde ni pratiques extrêmes : il se vit au cœur de l’action quotidienne.

L’enjeu n’est pas de ne plus agir, mais d’agir autrement :

faire de son mieux, sans attachement excessif au résultat, sans tension intérieure liée à la réussite ou à l’échec.


Action et non-attachement

Un célèbre passage de la Bhagavad-Gita résume parfaitement cet esprit :

« Tu as droit à l’action, mais jamais à ses fruits ;
que les fruits de l’action ne soient pas ton mobile. »

Et Swami Vivekananda ajoute :

« Toute idée d’obtenir une récompense pour notre travail entrave notre développement spirituel et finit par nous apporter la souffrance. »

Il ne s’agit pas ici de morale, ni d’obéissance à un dogme.

Et je ne vous demande pas d’y croire.

Le yoga n’est pas un système de croyances.

Il est un chemin d’expérimentation.


Une exploration intérieure, pas une croyance

L’expérimentation proposée par le yoga vise à vérifier par soi-même si cette vision fait sens, et, le cas échéant, à en tirer une intention.

Voici quelques repères pour initier cette démarche :

1. La personnalité et ses conditionnements

Il est relativement facile d’admettre que notre personnalité s’est construite à partir de nos cinq sens, de nos conditionnements, de nos émotions et de notre histoire.

Cette personnalité est transitoire et disparaîtra avec notre existence terrestre.

2. Une dimension plus vaste de nous-mêmes

Il est plus difficile d’expérimenter qu’au-delà de cette personnalité existe une autre dimension de nous-mêmes — que l’on peut appeler conscience, soi profond, ou âme — qui participe également à notre trajectoire de vie.

C’est l’un des objectifs fondamentaux du yoga, qu’il soit postural, respiratoire ou méditatif.

3. Le rôle du calme intérieur

Les pratiques d’intériorisation affinent l’écoute de cette voix intérieure.

Mais cette écoute n’est possible que lorsque :

  • les sens sont relativement apaisés,

  • les charges émotionnelles diminuées,

  • le mental cède la place à une conscience témoin.

C’est alors que l’on peut commencer à percevoir autrement les événements, les rencontres, les synchronicités qui jalonnent notre existence.

4. Une loi d’équilibre, pas de jugement

L’accès à cette autre dimension ouvre une vision moins individualiste, plus intégrée, plus proche de la loi du karma :

à chaque action correspond une réaction.

Il ne s’agit ni de punition, ni de récompense, mais d’une loi impersonnelle d’équilibre des énergies.

Tout déséquilibre appelle, tôt ou tard, un rééquilibrage.

5. Responsabilité plutôt que fatalisme

Accepter notre responsabilité dans ce processus n’est pas toujours confortable.

Mais une personnalité qui crée des déséquilibres — par exemple en tirant avantage des autres — peut-elle réellement s’exonérer de la nécessité de les rééquilibrer ?

Et si ce travail n’est pas achevé au terme d’une vie, cette autre dimension de nous-mêmes n’a-t-elle pas à le poursuivre ?

Ces questions ne demandent pas de réponses intellectuelles immédiates, mais une observation honnête de notre manière d’agir.

La posture comme terrain d’expérimentation

Au cours de la séance, nous explorerons ces principes à travers la posture dite des trois points d’appui

Cette posture :

  • renforce la partie supérieure du corps,

  • étire profondément le torse et la poitrine,

  • ouvre les épaules et le dessus des pieds,

  • sollicite bras, abdominaux et jambes,

  • améliore l’équilibre et la coordination,

  • étire le dos et les poignets.

Mais au-delà de ses effets physiques, elle met en jeu la relation à l’effort, à la maîtrise et au lâcher-prise.

Les résistances qu’elle fait émerger — physiques, émotionnelles ou mentales — deviennent un terrain d’observation privilégié.

Cette posture nous invite à explorer :

  • l’ouverture du cœur,

  • la confiance en soi,

  • la qualité de notre engagement dans l’action,

  • et notre capacité à agir pleinement sans nous crisper sur le résultat.

Exactement l’esprit du karma yoga.

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